lundi 16 août 2010

Caspar Friedrich

Aujourd'hui, je vous emmène à la découverte personelle et très subjective de l'un de mes peintres favoris, Caspar David Friedrich. Cette "étude", tout comme celles a venir, n'ont pas de valeur documentaire mais uniquement personelle. C'est un point de vue sur son travail.
...
CLIQUEZ SUR LES TABLEAUX HORIZONTAUX POUR LES VOIR ENTIEREMENT

Caspard David Friedrich est un peintre romantique du 18ème siècle. Il est né en en Suède, mais c'est en Allemagne qu'il fera carrière et qu'il opérera en tant que peintre paysagiste. Les décès successifs qu'il va connaître dans sa famille vont être l'origine d'un des thèmes principaux de sa pratique: la mort, la finitude. L'autre grand thème, en tant que peintre paysagiste est évidemment la Nature, à laquelle il voue un profond respect, presque un culte. Cette adoration quasi religieuse profère une dimension fortement spirituelle, grandement présente dans son travail.


Photobucket
Friedrich, Le voyageur, Huile sur toile, 95*75 cm, Hambourg, 1818
...

Le voyageur est l'une de ses oeuvres les plus célèbre, mais c'est aussi celle qui m'a le plus marquée. Comme souvent, les personnages de Friedrich n'ont pas vraiment d'identité, on distingue leur sexe, mais ils ne possèdent pas de visage, cet homme est de dos, c'est un anonyme. Cependant, on pense avoir une projection de son visage par ce paysage déchaîné, il est à l'image des pensées sûrement houleuses de ce voyageur. Perte d'identité humaine donc, les honneurs de la peinture revenants ainsi au paysage. Les éléments déchaînés sont une caractéristique classique du romantisme, en l'occurence, nous avons ici un orage, ce qui est non sans rappeller la destructuion, et donc une forme de finitude. Les vagues apparaissent en effet comme menaçantes envers le personnage, frolant de le renverser à tous moments. Ici, la Nature impose sa supériorité sur l'Homme, l'être humain. Cette puissance ayant le droit de vie ou de mort, la Nature apparait donc comme divinité. Ce respect divin se retrouve dans les couleurs, toutes ces nuances de gris ne sont non sans rapeller l'atmosphère des églises: froides, imposantes, impressionantes, et pouvant provoquer l'effroi, le frisson. Ainsi, ce paysage déchaîné jouerait le même rôle qu'une église: rapeller la puissance & la grandeur du divin. Et ce personnage de dos nous invite à la comtempler, & à en faire l'expérience; sorte de mise en abyme du spectateur.


Photobucket

Friedrich, Frau am Fenster, Huile sur toile, 44*37 cm, Alte Nationalgalerie, 1822
...

En tant que paysagiste, Friedrich peignait peu les Hommes, mais certains tableaux, comme celui ci ou bien même précedemment le voyageur semblent pourtant les mettre en avant. Pourtant, tout comme le voyageur, on note ici, bien que cela soit moins explicite que la primauté du tableau revient une nouvelle fois au paysage. Cette femme, de dos, contemple un paysage, a travers une fenêtre ouverte, ouverte sur le monde. Elle est une nouvelle fois de dos, son visage importe donc peu, ce qui compte, c'est ce qu'elle fait, elle regarde un paysage que nous sommes invités à nous imaginer à travers cette mise en scène, on devine des mâts de bateau, des feuillages aquatiques, et donc logiquement ce qui semble être le début d'une étendue d'eau. Le ciel est bleu, tous les ingédients de l'évasion, du voyage, d'un "ailleur meilleur" sont réunis pour nous inviter à la rêverie. La fenêtre est en effet petite, on devine cet idéal plutôt dur d'accès, ce n'est pas une porte mais une petite fenêtre ... Le plus, le jeu de couleur met l'accent sur la luminosité dorée, presque divine de ce paysage qui vient éclairer cette pauvre femme, enfermée dans le noir, dans la misère de son existance...


Photobucket Caspar David Friedrich (German, 1774-1840). Sunset (Brothers), ca. 1835. Huile sur toile. 26 x 31 cm
...

Photobucket Caspar David Friedrich – Crépuscule en bord de mer – 1822/1823
Huile sur toile, 135cm x 170cm, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
...

Photobucket
Friedrich, Monk by the sea
...
Mais voici enfin ce pourquoi Friedrich est connu de tous, ses incroyables paysages, surtout ses ciels... En bref, on retrouve les thèmes de la finitude avec ces couchers de soleil, cet orage, ces hommes qui ne sont que des pions face a l'immensité du ciel ... L'aspect désertique est d'ailleur frappant sur le dernier tableau, et seul le ciel semble pouvoir faire espérer un salut... Bien qu'on ait l'impression que la tempête se lève. Nous ne pouvons donc savoir si cette lueur est rédemptrice ou bien punitive. Les tons de couleur restent froids, a l'image des thèmes morbides qu'il aborde. Les couleurs vives sont soumises a la finitude: la lumière des couchers est soit tamisée par les nuage, soit est sur le point d'être recouverte par ces même nuages ... Il en est de même pour le dernier tableau, la lueur est mangée par le gris ... J'aime y voir une sorte de mélancolie latente dévorant l'âme de quiconque car je continue à croire ces personnages à l'image de l'esprit tourmenté des Hommes.
Enfin, tout porte ici à attribuer cette célèbre expression de Freud au travail de Friedrich, cette impression "d'inquiétante étrangeté" en examinant le travail du peintre ... Les teintes parfois douces, l'aspect cotonneux du ciel tend vers un climat onirique, mais rapidemment, par les récurrentes allusions à la mort, la finitude, la fragilité de l'être, cet onirisme devient en fait disphorique. Certains tableaux sont presque des cauchemards, dans ma sélection, aucuns n'est aussi catégorique, mais cette atmosphère pesante demeure néanmoins présente.
Ah!, il y a tellement à dire, je ne présente ici que quelques pistes interprétatives, elles même à peine éffleurées ... Je laisse le loisir à vos esprits de vagabonder sur le sujet !
...
Cette analyse est entièrement personelle, merci de respecter mon travail.

7 commentaires:

Prisca who ? a dit…

Friedrich, le premier peintre qui m'a familiarisé avec l'art (turner aussi)

Ton analyse me fait penser aux innombrables devoirs d'hida qu'on avait au cours de l'année.

Le voyageur reste pour moi, LE meilleur tableau de Friedrich.

Trivia a dit…

very nice to see you aprecciate Art and sharing it with others. i like his Art too*

Closet Fashionista a dit…

Wow I love those paintings! Gorgeous!!
http://aclosetfashionista.blogspot.com/

moonlight-drive a dit…

Le Voyageur est un très beau tableau (le seul que je connaissais de ta sélection) mais j'aime aussi bcp Sunset !!

Cookies a dit…

C'est exactement ça ! En plus, il y avait un paquet de photographes qui l'accaparaient, impossible de l'approcher en fait AHAH.

Antoine Nicol a dit…

Très belles analyses. J'aime aussi beaucoup Voyageur contemplant une mer de nuages. Ce titre me fait immédiatement penser à des titres de pièces froides d'Erik Satie.
D'ailleurs, ce tableau fût l'objet de ma toute première analyse d'oeuvre au lycée, j'en garde un très bon souvenir.
Très joli blog, au passage.
A bientôt
Antoine N.

LadyDay a dit…

Un de mes premiers coups de foudre en matière de peinture; je m'en lasserais probablement jamais !